Urbanisme venu d'en haut.

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Urbanisme venu d'en haut.

Message  Redneric le Lun 30 Nov - 0:50

[...]Cette politique ne paraît guère discutable et n'est guère discutée quant à ses principes: dès lors qu'on ne réussit pas à transformer les conditions de vie dans les quartiers dits sensibles par une action de nature essentiellement sociale, pourquoi, en effet, ne pas changer radicalement afin de mieux intégrer physiquement ces quartiers dans l'espace urbain? Quelle meilleure philosophie mettre en œuvre que celle de la mixité sociale pour justifier la refonte urbaine dans une société républicaine ennemie des ségrégations et encore plus des "communautarismes"? Pourquoi, enfin, ne pas préférer une formule d'action à distance sur le local qui fait jouer la pleine responsabilité des élus locaux et s'avère plus rapide (car plus économique en procédures) que la classique forme contractuelle, très compliquée du fait qu'elle engage une multiplicité de partenaires?
Le scepticisme s'impose pourtant lorsqu'on examine les résultats de cette politique par rapport à ses objectifs déclarés. Plus on parle de mixité sociale, moins elle parait se réaliser dans les quartiers cibles de la politique de la ville, ainsi d'ailleurs de dans l'ensemble de la ville. Les opérations de démolition/rénovation conviennent à beaucoup d'élus qui y voient le moyen de satisfaire leur électorat ou de le modifier de manière satisfaisante à leurs yeux, en remodelant la composition sociale du peuplement de leur commune. La pratique de la rénovation urbaine satisfait de même les bailleurs sociaux car elle leur permet de se débarrasser des immeubles non rentables et mal entretenus. Mais elle suscite beaucoup de plus de résistance que d'adhésion de la part des habitants des quartiers en question. La formule "gouvernement à distance" donne toute satisfaction à ces acteurs locaux que sont les élus et les bailleurs, maîtres du jeu et soucieux de leurs intérêts professionnels pour les uns, électoraux pour les autres. Mais elle n'établit pas de solidarité effective au niveau de la ville réelle, au niveau de l'agglomération qui la constitue.
Pourquoi une telle faiblesse des résultats? Parce que la politique de la ville repose implicitement sur l'idée qu'il existe une ville idéale dont il faut rétablir les traits en résorbant les anomalies qui font tache ici ou là. Il s'agit d'une lecture statique de la ville, au sens strict d'une vision étatique, à savoir la pure projection d'une rêverie d'Etat en vue d'un territoire homogénéisé sous son autorité. On passe ainsi à coté de la compréhension de ce qui fait la spécificité de la ville, de sa diversité, de sa dynamique. On joue au démiurge, on rêve de réinventer la cité idéale, de façonner l'urbain tel qu'il devrait être, sans s'occuper de la ville telle qu'elle fonctionne, telle qu'elle réussit à produire, pour ceux qui y vivent, plus ou moins de chances d'avancer dans leur vie, de se sentir bien ici et néanmoins capable d'aller la-bas quand le moment sera venu. La ville est en effet cette drôle de machine qui offre à chacun les clefs du monde s'il sait s'en servir, et qui au contraire l'enlise, ou aggrave sa situation si cela ne "marche pas". Mieux vaudrait donc envisager une politique pour la ville, qui s'emploierait à restituer les mécanismes de celle-ci, ses attraits, tout ce qui, en elle, permet de coupler le retrait et le mouvement, le bas et le haut, tout ce qui ouvre au monde et non une carte postale du territoire français[...]

Jacques Donzelot, Quand la ville se défait, 2006, ed du Seuil.[img][/img][img][/img]

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